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Recherche d’emploi et santé

Photo du rédacteur: Michel Maillard
Michel Maillard
17 déc. 2025
4 min de lecture

Comment concilier les deux ?

La recherche d’emploi peut devenir particulièrement éprouvante lorsqu’elle s’inscrit dans la durée. Selon France Travail et l’Assurance Maladie, les personnes ayant perdu leur emploi, notamment les demandeurs d’emploi de longue durée, sont plus exposées à une fragilisation de leur santé physique et psychologique.

L’incertitude liée à l’avenir professionnel, la pression financière et la perte de lien social peuvent entraîner un découragement progressif. Dans certains cas, cela se traduit par un ralentissement, voire un abandon, des démarches de recherche d’emploi, mais aussi par une interruption ou un renoncement aux soins.


Un renoncement aux soins plus fréquent chez les personnes sans emploi

Les travaux de l’Observatoire des non-recours aux droits et services (ODENORE) montrent que le renoncement aux soins concerne plus souvent les personnes sans activité professionnelle. Ce phénomène n’est pas nouveau et a déjà été mis en évidence par France Travail et l’Assurance Maladie.

C’est dans ce contexte qu’une collaboration étroite existe entre ces deux organismes. Elle vise à sécuriser les parcours professionnels, faciliter l’accès aux droits et aux soins, et prévenir les situations de désinsertion professionnelle.

Une complémentarité entre France Travail et l’Assurance Maladie

Lorsque les difficultés relèvent de la santé (ouverture de droits, Complémentaire santé solidaire, refus de soins, arrêt de travail, reconnaissance du handicap), l’Assurance Maladie est l’interlocuteur principal.

France Travail peut, de son côté, accompagner le demandeur d’emploi lorsque ces problématiques ont un impact direct sur la recherche d’emploi, en l’aidant à identifier les démarches adaptées ou les dispositifs existants.

Inversement, pour les questions liées à l’emploi (allocations chômage, aides financières, reconversion professionnelle, formation), France Travail reste l’acteur central, avec l’appui possible de l’Assurance Maladie pour orienter et informer.

L’objectif commun est clair : lever les freins à l’emploi tout en améliorant l’accès aux soins.

 

Chômage et santé mentale : un enjeu encore sous-estimé

Dès 2016, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) soulignait l’impact significatif du chômage sur la santé mentale des demandeurs d’emploi. Un rapport mettait en évidence qu’environ 14 000 décès pouvaient être associés aux difficultés à surmonter une situation de chômage prolongée.

Plusieurs travaux scientifiques, relayés notamment par Le Monde, confirment ces constats. Les recherches de Pierre Meneton, chercheur à l’INSERM, ainsi que celles de Michel Debout, professeur de médecine légale et de droit de la santé, montrent que les personnes privées d’emploi sont confrontées à un véritable traumatisme. Cette situation entraîne un risque accru de développer des problèmes de santé, comparativement aux personnes en activité professionnelle.

 Les données indiquent que le chômage a une influence directe sur la mortalité, avec un taux de décès supérieur de 60 % par rapport aux personnes en emploi. Le risque de suicide est multiplié par trois, et le développement de maladies graves ou de troubles de santé divers est également plus fréquent.

Si les impacts physiques du chômage sont désormais bien documentés, les problématiques de santé mentale restent encore trop souvent sous-estimées. Selon la DARES, les épisodes dépressifs sont nettement plus fréquents chez les demandeurs d’emploi, touchant aussi bien les hommes que les femmes.

 À ces difficultés s’ajoute une stigmatisation sociale persistante. Les personnes sans emploi peuvent être confrontées à des discours dévalorisants, associant le chômage à des notions telles que la « paresse » ou la « fraude ». Pourtant, les chiffres montrent que 35 % des personnes sans emploi vivent sous le seuil de pauvreté. Cette réalité concerne notamment les seniors sans activité professionnelle ni retraite, ainsi que les jeunes de 18 à 24 ans, dont le taux de précarité est deux fois supérieur à la moyenne.

 Les transformations du monde du travail doivent également être prises en compte dans l’analyse de ces difficultés. Les problématiques de santé rendent parfois plus complexe la compatibilité entre les capacités des demandeurs d’emploi et les exigences des postes proposés. Cette inadéquation constitue un frein supplémentaire au retour à l’emploi et souligne l’importance de mieux articuler travail, santé et accompagnement.

 

Isolement social : un facteur aggravant souvent sous-estimé

Au-delà des données chiffrées, le sentiment d’isolement apparaît comme un facteur central dans le vécu des demandeurs d’emploi. D’un point de vue professionnel, ce ressenti a été fréquemment exprimé lors d’ateliers collectifs liés à l’emploi, notamment au sein de dispositifs tels que les ateliers Sphère Emploi. Les participants évoquaient régulièrement une impression de solitude, un manque de repères et un besoin fort de se retrouver entre pairs pour échanger et se soutenir.

Ce constat se vérifie également du point de vue des personnes concernées. En tant que demandeur d’emploi, la participation à des ateliers collectifs en présentiel permet de rompre l’isolement, de recréer du lien social et de ne plus se sentir seul face à l’épreuve de la recherche d’emploi. Ces temps collectifs offrent un espace d’échange, de partage d’expériences et de soutien mutuel, contribuant à un meilleur équilibre psychologique.

Par ailleurs, l’accès à une formation constitue souvent un levier déterminant. Il permet non seulement de développer des compétences, mais aussi de retrouver une forme d’activité structurante. De nombreux stagiaires constatent que cette dynamique collective apporte un confort psychologique, un sentiment d’utilité et un soutien global au bien-être.

Le fait d’échanger régulièrement, de progresser ensemble et de se soutenir au sein d’un groupe s’avère bénéfique pour l’ensemble des participants, renforçant à la fois la motivation et la confiance dans les capacités de retour à l’emploi.

Ces éléments rejoignent les données du CREDOC, selon lesquelles 20 % des personnes sans activité professionnelle souffrent d’isolement, contre 13 % des personnes en emploi, confirmant que le lien social constitue un enjeu majeur dans les parcours de recherche d’emploi.

 

SOURCES

 
 
 

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